Introduction
Jâai dĂ©jĂ eu lâoccasion de lâĂ©voquer dans plusieurs billets de blog (ici ou ailleurs) : la dĂ©pression, le burn-out mâont accompagnĂ©, comme beaucoup dâentre nous dâailleurs, plusieurs fois dans ma vie dâadulte. Mais un jour, jâai dĂ©cidĂ© que je ne voulais plus de cette compagne envahissante. Le dĂ©clic, aussi curieux que cela puisse paraĂźtre, a Ă©tĂ© une remarque assez dĂ©sobligeante de la psychologue qui me suivait Ă lâĂ©poque, en 2018. Elle mâavait dit : âvous ne pourrez jamais ĂȘtre heureux, car vous voyez ce que les autres ne voient pas, vous voyez beaucoup plus loinâ. En bref, mieux vaut ĂȘtre idiot pour ĂȘtre heureux, lui ai-je rĂ©pondu.
Cette parole, blessante sur le moment mĂȘme, a Ă©tĂ© un dĂ©clencheur qui a dĂ©livrĂ© une force en moi qui me disait : câest ce quâon va voir! Chiche!
De lĂ , a commencĂ© un processus qui, me semble-t-il, est achevĂ© aujourdâhui ou en tout cas en voie dâachĂšvement dĂ©finitif! Une chose est certaine, plus jamais, je ne laisserai la dĂ©pression venir me gĂącher lâexistence, câest un serment fait avec moi-mĂȘme.
Une vie adulte marquée par la dépression
Sans doute que les plaies de lâenfance et de lâadolescence dont jâai dĂ©jĂ parlĂ© ont Ă©tĂ© pour beaucoup dans ce dĂ©marrage marquĂ© par une premiĂšre dĂ©pression Ă lâage de vingt-deux ans et qui se rĂ©pĂ©tera plusieurs fois de maniĂšre plus ou moins grave pendant un quart de siĂšcle. Et souvent, le mĂȘme schĂ©ma qui se reproduit : investissement dans le boulot sans compter, investissement qui est exploitĂ© par des employeurs/chefs peu scrupuleux et qui en usent et abusent au point que cela en devient du harcĂšlement moral.
A chaque fois, dĂšs que ça allait mieux, jâarrĂȘtais de consulter car jâavais lâimpression de tourner en rond et ce nâĂ©tait pas une impression lorsque je regarde tout ça avec le recul. Je restais, par exemple, en couple car je considĂ©rais une sĂ©paration comme un Ă©chec et jâessayais de faire de mon mieux pour tenir mais la rupture arrivait Ă chaque fois et pour Ă©viter les conflits, je prenais sur moi la responsabilitĂ© de lâĂ©chec alors que les torts Ă©taient Ă tout le moins partagĂ©s.
Ce que je ne comprenais pas ou ne voulais pas comprendre, câest que je fonctionne assez diffĂ©remment de la majoritĂ©, ce qui me posait dâĂ©normes difficultĂ©s Ă nouer des relations sociales et Ă me poussait Ă mâengager dans des relations, tantĂŽt toxiques, tantĂŽt peu Ă©panouissantes.
Pour pouvoir avancer, il faut ĂȘtre entourĂ© des bonnes personnes, câest essentiel mais câest la chose la moins Ă©vidente mais en y rĂ©flĂ©chissant bien, celui qui nous connaĂźt le mieux, nâest-ce pas nous mĂȘme? Cela paraĂźt idiot de prime abord mais lâest-ce vraiment? Ce que fait le thĂ©rapeute, câest poser des questions pour aider le patient Ă aller chercher en lui les rĂ©ponses. Pour cela, il faut quâil y ait confiance et synchronisation, ce nâest pas toujours facile et ce nâĂ©tait clairement pas le cas Ă lâĂ©poque.
Aller au plus profond de soi, le début de la guérison
Ainsi, en 2018, cette remarque dont je parlais en introduction eut lâeffet dâun Ă©lectrochoc tout comme une remarque de mon mĂ©decin traitant de lâĂ©poque qui me dĂ©clara (sur base de quoi, je lâignore) que je serais peut-ĂȘtre autiste Asperger. Ma boulimie dâinfo et de connaissance mâa alors fait lire et rechercher tout ce qui Ă©tait possible sur le sujet au point de me convaincre, que oui, peut-ĂȘtre, elle avait raison. Jâen Ă©tais mĂȘme arrivĂ© Ă faire les dĂ©marches pour un dĂ©pistage mais la pandĂ©mie de COVID est arrivĂ©e.
Petit Ă petit, je me suis regardĂ© bien en face et me suis dit que de toute façon, ça ne pouvait plus continuer comme cela. Certes, je suis diffĂ©rent des autres mais nous sommes tous diffĂ©rents, uniques. Lâillusion dâappartenir Ă une sociĂ©tĂ© nâest quâune utopie et qui aurait envie dâune sociĂ©tĂ© uniforme Ă part les esprits dĂ©rangĂ©s des autocrates et autres dictateurs. Câest la diversitĂ© qui fait lâintĂ©rĂȘt de la sociĂ©tĂ© pas son uniformitĂ©. Un sociĂ©tĂ© est formĂ©e dâindividus uniques mĂȘme si certains ont des points de convergences en eux, personne ne peut dire quâil est le jumeau dâun autre Ă moins dâĂȘtre jumeaux (et encore, je serais curieux dâavoir lâavis de jumeaux ou de jumelles pour savoir sâils sont identiques en tous points et Ă tous les niveaux de lâĂȘtre).
Oui, jâai Ă©tĂ© maltraitĂ© par mes parents, oui, ils ne manifestaient pas beaucoup dâintĂ©rĂȘt, voire pas du tout pour ce que je faisais; oui, mes collĂšgues me trouvaient bizarre parfois, trois fois oui mais nâavais-je pas le droit dâĂȘtre qui je suis tel que je suis? Au nom de quoi, aurais-je du me laisser formater aux dĂ©sirs des uns et des autres? Câest lĂ , pour moi, la base de la dĂ©pression : se laisser formater et renoncer Ă soi-mĂȘme. Cela ne peut que mal tourner puisque lâon va Ă lâencontre de lâĂȘtre profond.
Ne plus me soucier de ce que lâun ou lâautre dira, pensera (ou pas), voilĂ la clĂ© pour rĂ©soudre ce premier problĂšme. Oh, nâallez pas croire que câest simple, cela ne lâest pas du tout surtout quand vous avez Ă©tĂ© habituĂ© pendant une longue partie de votre vie Ă vous sentir infĂ©rieur aux autres, Ă croire valoir moins que les autres (car vos parents dans mon cas, on insinuĂ© ce poison).
NĂ©anmoins, câĂ©tait un premier pas vers la guĂ©rison.
Le long chemin vers le respect de soi
Le processus Ă©tait lancĂ© mais il Ă©tait loin dâĂȘtre achevĂ©âŠ
En 2021, les sĂ©quelles de mon accident de 2011 allait marquĂ©, prĂ©maturĂ©ment, la fin de ma carriĂšre professionnelle. Ce fĂ»t une leçon sĂ©vĂšre pour ma part car je me suis rendu compte que je nâĂ©tais quâun matricule et que lâaccompagnement pourtant prĂ©vu pour un reclassement nâĂ©tait quâune machine destinĂ©e Ă Ă©carter autant que possible les travailleurs diminuĂ©s dĂ©finitivement. Câest surtout une petite phrase qui mâa rĂ©vĂ©lĂ© tout lâhorreur du systĂšme : âMais enfin, vous saviez bien quâĂ cinquante ans, ce serait sinon la fin, le dĂ©but de la finâ. Entre les lignes, on comprendra âon vous a usĂ© tant quâon a pu et maintenant que vous ĂȘtes cassĂ© on vous jette comme un vieil objet inutileâ.
Ce ne fut pas agrĂ©able et jâaurais pu retomber dans un Ă©tat dĂ©pressif mais il nâen a rien Ă©tĂ© car jâai pris lâautre voie possible : âvous ne voulez plus de moi, et bien, tant pis pour vous. Ma vie va enfin ĂȘtre ce que je veux quâelle soit libĂ©rĂ© des obligations professionnelles, je pourrai faire les choses qui vraiment mâintĂ©ressent et ne plus subir de pressions extĂ©rieures de performances, de rentabilitĂ©, dâoptimisationâ. TerminĂ©!
Evidemment, ce changement radical avait un impact financier mais ce fut lâoccasion de faire le tri entre lâessentiel (un toit, avoir Ă manger, payer les factures) et le superflu. Jâai toujours Ă©tĂ© Ă©conome en rĂ©action sans doute Ă la vie quâont menĂ©e mes parents et suis depuis toujours trĂšs strict en matiĂšre de gestion : dâabord assurer lâessentiel, et sâil reste un peu, mâoffrir un peu de superflu. La transition ne fut pas trop difficile et je ne suis pas plus malheureux que du contraire!
Tout nâĂ©tait pas rĂ©glĂ© pour autant, il y avait encore beaucoup de choses dans ma vie qui mâempĂȘchaient dâĂȘtre serein et heureux, commeâŠ
Depuis les Ă©vĂ©nements du 11 septembre 2001, une boulimie dâinformation est venue sâajouter Ă celle de la connaissance. Depuis toujours, jâĂ©tais curieux de tout, avais envie de tout comprendre, tout savoir (ce qui est bien sĂ»r impossible!), je mâintĂ©ressais Ă tout et dĂšs quâun sujet me passionne, jâai tendance Ă vouloir aller le plus loin possible dans la connaissance. Un piĂšge qui peu Ă peu se referme car, câest une mission impossible et ça finit par amener de la frustration. Et la frustration peut engendrer diverses rĂ©actions dont la dĂ©pression.
Vouloir comprendre le monde, câest louable, câest bien, cela permet de relativiser certaines choses et de tenir une conversation ou un dĂ©bat mais lorsque ça devient maladif, lĂ , il y a problĂšme. LâInternet, les podcasts, les plateformes de vidĂ©os en ligne, tout ces Ă©lĂ©ments ont dĂ©multipliĂ© de maniĂšre dĂ©mesurĂ©e lâaccĂšs Ă la connaissance pour le meilleur mais aussi pour le pire!
Sur certains sites, une vidĂ©o en entraĂźne une autre, et une autre, et encore Ă lâinfini⊠les algoritmes nous enferment vite dans une boucle⊠et trĂšs vite, on se retrouve sans sâen rendre compte, quâils nous proposent des contenus de plus en plus douteux, ça arrive plus vite quâon ne pense!
Mais que faire? Se couper totalement du monde?
Mon inscription sur le FĂ©diverse et lâachĂšvement du processus
En juin 2024, un peu par hasard, je me suis inscrit sur Mastodon. Je nâai jamais eu de compte sur X (ex-Twitter); Facebook, jây ai Ă©tĂ© quelques mois seulement de mĂȘme que sur Instagram (avant que ça ne soit rachetĂ© par Meta pour ce dernier). Je ne voyais pas de valeur ajoutĂ©e de ces rĂ©seaux dits sociaux dont jâentendais et lisais dâautre part quâils Ă©taient dangereux pour notre santĂ© mentale.
Mon premier compte, je lâai ouvert via le navigateur Vivaldi qui proposait le service et câest vraiment un hasard mais assez vite, je voulais une instance plus petite et surtout oĂč je pourrai ĂȘtre moi-mĂȘme sans crainte de jugement. Câest comme ça que jâai dĂ©couvert, en cherchant un peu, lâinstance GayFR. Je nâavais pas de grandes attentes, ayant une opinion plutĂŽt nĂ©gative des rĂ©seaux sociaux.
Pourtant, câest via cette inscription que le processus entamĂ© en 2018 allait aboutir Ă retrouver un certain Ă©quilibre et une estime de moi-mĂȘme par des chemins peu orthodoxes, jâen conviens.
Pendant deux ans, jâai Ă©tĂ© plutĂŽt sage et puis est arrivĂ© @jack@friends.gayfr.social qui peu Ă peu est devenu un trĂšs bon ami. Ses articles de blogs ont rĂ©veillĂ© certaines plaies mais mâont aussi donnĂ© matiĂšre Ă approfondir ma rĂ©flexion. Cela nâaura Ă©chappĂ© Ă personne que souvent nos articles se rĂ©pondent. Il y a une sorte de lien de par lâexpĂ©rience de la dĂ©pression et du burn-out.
A cĂŽtĂ© de ses contenus classiques, il a des contenus, comme dâautres, qui dĂ©montrent une forme de libertĂ© de corps, une libertĂ© qui mâest presque totalement inconnue, ayant toujours eu du mal avec mon corps. JâĂ©tais Ă©galement convaincu que je nâintĂ©resserais personne de toute façon.
Finalement, je dĂ©cidais de me lancer mais pas sur le FĂ©diverse, ailleurs oĂč câĂ©tait plus noyĂ© dans la masse et jâai Ă©tĂ©, comme je lâai Ă©crit par ailleurs, surpris des rĂ©actions et des contacts qui se sont nouĂ©s⊠et jâai finalement dĂ©cidĂ© de me lancer ici, pour mon plus grand bonheur, je dois le dire. Outre le fait, et je lâai Ă©crit rĂ©cemment dans un autre billet, que jâai enfin appris Ă aimer mon corps tel quâil est, je prends du plaisir Ă cette libertĂ© de corps. Ce fut une sorte de libĂ©ration, de rĂ©surrection.
Pour la boulimie de connaissance et dâinformation. Jâai peu Ă peu rĂ©duit ma consommation de contenus, de sites dâinformations et mĂȘme de la radio. Je continue Ă me tenir informĂ© de la marche du monde, jâagis quand je le peux et comme je le peux mais je ne me mets plus martel en tĂȘte parce que je me sens dĂ©muni face Ă ce qui se passe. Je limite les plages infos le matin et le soir et ne consulte que les sites dâinformation quâune fois par jour.
Je continue de lire des ouvrages sur des sujets qui mâintĂ©ressent mais sans vouloir lire tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©crit sur le sujet, dâune part parce que câest quasi impossible et quâaprĂšs, il faut en faire quelque chose de toute cette connaissance.
Le rituel mis en place depuis des annĂ©es, Ă savoir, une lecture spirituelle au lever avant toute activitĂ©, est restĂ© car, il mâapporte un Ă©clairage nouveau et mâapporte parfois du rĂ©confort ou au contraire me bouscule, en bref, ne me laisse jamais indiffĂ©rent.
Le problĂšme du cerveau hyperactif, lui, je ne sais si je pourrais le brider un jour⊠câest le dernier point Ă rĂ©gler : pouvoir le mettre sur off de temps en temps⊠mais avoir ralenti le reste, a malgrĂ© tout un effet bĂ©nĂ©fique, je le remarque mais encore trop souvent, il se met en route, la nuit surtout et me fais imaginer des choses terribles et qui probablement nâexistent pas comme de penser que lâon se joue de moi, que lâon est bien gentil avec moi alors que je ne le mĂ©rite pas, que je suis mĂȘme un Ă©lĂ©ment perturbateur et encombrant. Chassez le naturel, il revient au galop, dit-onâŠ
NĂ©anmoins, jâarrive Ă me raisonner et ne laisse pas les Ă©motions mâenvahir car elles me feraient faire des choses que je regretterais certainement aprĂšs coup⊠Souvent, jâai envie de tout laisser en plan et de partir hors du monde. Courage, fuyons!
Je suis aussi beaucoup plus Ă lâĂ©coute de mon corps et petit Ă petit, je parviens Ă comprendre les signes quâil mâenvoie, disant quâon entre en zone dangereuse. Ce nâest pas encore parfait carâŠ
La rechute nâest jamais loin
Cet Ă©tĂ©, la canicule a failli me faire faire la plus belle bĂȘtise des dix derniĂšres annĂ©es! Et mâaura appris que des personnes qui ont lâair bienveillantes ne le sont pas toujours autant quâelles en ont lâair.
Jâavais trouvĂ© un bel appartement Ă la cĂŽte belge et me rĂ©jouissais dây emmĂ©nager jusquâau moment oĂč jâai rĂ©alisĂ© que, dâune part, mon corps avait du mal Ă suivre physiquement (sâil nây avait eu que ça, jâaurais mordu sur ma chique comme on dit car le jeu en valait la chandelle, pensais-je) mais lorsque jâai dĂ©couvert que jâavais signĂ© pour quelque chose qui ressemblait plus Ă un contrat de travail avec Ă©normĂ©ment de contraintes quâĂ un contrat de location qui mâaurait permis de vivre au bord de la mer, jouissant dâune nouvelle libertĂ©, jâai Ă©coutĂ© ce que mon corps et mon esprit me disait : STOP! Tu vas faire une bĂȘtise si tu continues!
Il nây a pas si longtemps, jâaurais continuĂ© tĂȘte baissĂ©e et je peux prĂ©dire ce qui serait arrivĂ© : une rechute car la vie idyllique imaginĂ©e aurait tout autre et mâen dĂ©faire aurait Ă©tĂ© une autre affaire.
Certes, jây ai perdu quelques plumes mais au moins, jâai Ă©vitĂ© pire!
Conclusion
Aujourdâhui, Ă 56 ans, je peux regarder en arriĂšre sans plus trop me culpabiliser, sans plus trop me dĂ©valoriser. Jâai atteint une certaine forme de sagesse (jâespĂšre), de paix de lâesprit et du corps (vraiment?) et, oui, une certaine forme de bonheur aussi (peut-ĂȘtre).
Jâai des contacts sociaux comme jâen ai rarement eu dans ma vie et surtout, jâarrive Ă reconnaĂźtre quand le danger de la dĂ©pression, cette garce, se pointe. Je lui ai fait la peau, ou Ă tout le moins, jâai domptĂ© la bĂȘte et je compte bien quâelle ne mâaura plus dans ses griffes. (Lâavenir nous le dira).
Ce nâest pas un chemin de tout repos, non, câest mĂȘme plutĂŽt un chemin de croix et cet article se veut aussi pour tout ceux, et ils sont nombreux, Ă ĂȘtre victimes de la dĂ©pression, un tĂ©moignage pour leur dire : ce nâest pas une fatalitĂ© et lâon peut arriver Ă ĂȘtre (un peu plus) heureux dans cette vie mĂȘme si elle nâest pas toujours facile.
Chacun a de la valeur et on devrait sâen convaincre chaque jour! Et ce que les autres en pensent, hĂ© bien laissons-leur leurs opinions, grand bien leur fasse!
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